Fab lab : quand la co-création impacte les usages

Depuis leur naissance dans les années 1990, sortis des cerveaux du fameux MIT (Massachusetts Institute of Technology), les fab labs égrènent leur philosophie partout en France et profitent du terreau propice à leur expansion : le besoin d’un travail collectif et accessible. Ils bousculent aujourd’hui les usages, d’une profession, d’un secteur, d’une ville. Comment ?

Espaces de travail et de création où machines, compétences et savoirs se partagent, les fab labs apparaissent en France dès 2012. Au plus près des besoins des artisans, ces laboratoires de fabrication permettent aujourd’hui de fournir machines pilotées par ordinateur, pour la conception et la réalisation d’objets, espaces et force collective. Aujourd’hui, l’Hexagone en dénombre plus de 400.

 

La co-création au cœur des fab labs

 

Initiés et pensés en réseau par Neil Gershenfel, les fab labs constituent un espace de rencontre, de création collaborative et embrassent en tous points l’expérimentation et l’élévation par le partage. En 2012, le fab lab Make ICI sort de terre à Montreuil dans le but de répondre aux besoins des artisans « qui ne pouvaient pas se payer de machines pour produire, qui se sentaient isolés et perdus administrativement », indique son fondateur Nicolas Bard. Selon lui, la collaboration est au cœur de la philosophie des fab labs, dès la création de l’espace. Sur le terrain, elle continue de se distiller. Nombreux ateliers de fabrication proposent d’ailleurs des cours et des formations afin de mettre en relation les artisans qui ne se croisent pas au quotidien.

 

Dans les ateliers, des projets sont nés de ces rencontres. Dans le fab lab montreuillois, un studio de création multidisciplinaire autour du bois s’est formé : Boys in the Wood. D’autres ont permis d’effectuer des avancées considérables, notamment autour du handicap, comme dans le fab lab de Rennes où Nicolas Huchet a réussi à fabriquer une prothèse de main polydigitale avec l’aide d’une imprimante 3D. Grâce aux échanges sur place, aux outils et aux ateliers adjacents, le prototype a pu être fabriqué en open-source pour 133 fois moins cher qu’un modèle industriel, soit 300 euros au lieu 40 000 euros. Depuis, le fab créateur a créé une association afin de permettre la fabrication d’aides techniques autour du handicap.

 

Lutter contre l’isolement, créatif, matériel et humain est bien dans l’ADN des fab labs. Pour Jean-Michel Kosianski, spécialiste de l’artisanat d’art et du patrimoine vivant, indique que ces lieux de fabrication peuvent aussi avoir intérêt à se regrouper au sein de territoires. Si aujourd’hui les fab labs ont un impact sur la création et l’artisanat, il est égal à celui des nouveaux usages urbains et transforment ainsi le paysage qui l’entoure.

Fablab montreuil

 

Impact sur les villes et leurs usages

 

En mouvement permanent, les fab labs sont des micro-usines au cœur des villes et permettent aux créateurs et artisans de repenser les usages. Cet artisanat collectif se transforme ici, petit à petit, en artisanat pour le collectif où la tradition du savoir-faire rencontre l’usage technologique. Ces laboratoires urbains jouent un rôle de plus en plus important dans la transformation des villes, que l’on appellera par la suite les fab cities. Concrétisé dès l’année 2011 par Tomás Diez, directeur du fab lab Barcelona, la fab city a pour but principal de donner « la priorité aux personnes et à la culture sur les objets techniques pour faire de la ville un écosystème vivant et résilient. Véhicules autonomes, outils numériques, intelligence artificielle, machines robotisées doivent être mis au service du bien-être et des attentes des personnes ».

 

Dans une interview donnée au site Ouishare, Tomás Diez énumère des expérimentations qui pourraient se généraliser dans un futur proche : «  la douche circulaire ShowerLoop développée à POC21 (…) ou encore une collaboration avec IKEA, pour faire du quartier de Poblenou un prototype à petite échelle (1km x 1km) de la fab city, en répertoriant les commerces et acteurs locaux alignés avec notre vision : fab labs bien sûr, mais aussi par exemple les restaurants servant des produits locaux », et d’ajouter : « ce mouvement va prendre de l’ampleur : de plus en plus, les citoyens vont apprendre de nouvelles compétences, s’impliquer dans des projets de co-conception et repenser leur posture ». Fab-uleux !


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